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mercredi 31 mars : montez en voiture avec "Bullitt"
Jeudi, 25 Mars 2010 01:36
Steve McQueen est l’Inspecteur Bullitt. C’était en 1968 : l’acteur aux yeux bleu lagon prend le volant de sa Ford Mustang Fastback et sème le trouble dans les rues de San Francisco. À la fin des années soixante, McQueen personnifiait le sex-appeal classe et impassible de Bullitt, lieutenant de la San Francisco Police Departement. […] Ah ! ces battements de cils et ces esquisses de soupirs ! Il suffisait d’une course de voitures mémorable et d’une scène de poursuite dans un aéroport pour faire de Bullitt l’une des œuvres majeures de cette décennie. Effet chaud bouillant garanti sous la glace azurée. Retenez bien votre souffle.

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Excès de vitesse

Face à l’Inspecteur Bullitt, son petit ami, Cathy (Jacqueline Bisset) a bien du mal à conserver son sang-froid : « Es-tu aussi blasé que plus rien ne puisse te toucher ? » clame-t-elle. Car Bullitt, flic de San Francisco et héros de polar, vit entre la vie et la mort. Chargé par Walter Chalmers (Robert Vaughn), homme politique influent, de la protection d’un gangster, Johnny Ross, censé témoigner au cours d’un procès, Bullitt est relevé de sa mission lorsque le témoin en question est brutalement abattu. Mais l’Inspecteur aux méthodes peu conventionnelles et à l’impassibilité scandaleuse n’a pas dit son dernier mot.

Avec Steve McQueen en héros blasé et Lalo Schifrin à la musique, le film du cinéaste anglais Peter Yates fait date dans l’histoire du cinéma. L’engouement des spectateurs à sa sortie rapporta 19 millions de dollars de recettes pour un budget initial de 4,5 millions de dollars et le travail du monteur Frank P. Keller fut récompensé par l’Oscar du meilleur montage en 1969. Mais surtout, le réalisme de la mise en scène (Peter Yates a choisi de filmer en décors naturels et d’engager de vrais policiers et de véritables médecins pour tenir leurs propres rôles à l’écran) exercera une influence profonde sur bon nombre de films et de séries policières au cours des années soixante-dix, et notamment sur William Friedkin et son bouillonnant The French Connection.

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Si les rapports houleux entre l’acteur principal (également co-producteur du film) et les cadres de la Warner ont favorisé la création d’un véritable mythe, le tournage s’étend sur douze semaines dont trois sont réservées à la seule course-poursuite automobile. Aucun trucage pour cette séquence d’un réalisme flamboyant filmée en temps réel : Peter Yates délaisse les techniques d’accélération de l’image qui permettent l’augmentation artificielle de la vitesse des voitures. Passionné de Formule 1, Steve McQueen conduit une Ford atteignant 160 Km/heure et insiste pour exécuter lui-même les cascades. Pour filmer cette séquence qui dure près de dix minutes, le chef-opérateur William A. Fraker dispose de plusieurs types de caméras : une Arriflex ZC légère installée sur une voiture, des caméras sur trépied ainsi que plusieurs objectifs placés à l’intérieur même des voitures.

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Le suspens qui émane de cette fameuse course est renforcé par le rôle de la bande-son et notamment par le morceau de Lalo Schifrin Shifting Gears. Visuellement, un procédé d’apparition/disparition - les voitures apparaissent et disparaissent successivement dans chaque plan au détour d’une rue, une route vallonnée sert de tremplin pour faire décoller chacun des véhicules - accentue la tension et permet de jouer sur les effets de surprise. La séquence se découpe en trois mouvements : une filature précède la course-poursuite qui s’achève en explosion finale. Les percussions jazzy de Schifrin qui rythment la filature s’arrêtent net lorsque Steve McQueen enclenche la vitesse. Car les rôles se sont inversés et Bullitt le pourchassé devient subitement le poursuivant. Succèdent alors aux notes du compositeur le vrombissement du moteur et le crissement des pneus sur l’asphalte. Durant tout le film, la présence musicale des morceaux de Schifrin alterne avec l’absence brutale de mélodie. Pendant la course, les protagonistes restent muets, aucune conversation ne ponctue les agissements des personnages. Car, au-delà de la simple partition musicale, Lalo Schifrin a su élever la musique de film au rang de dialogue.

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Miroir, mon beau miroir

Si le jeu talentueux de Steve McQueen a permis d’affranchir le héros-flic de tous les clichés propres à ce type de personnage, l’audace de la mise en scène de Peter Yates, quant à elle, renouvelle le genre du polar. Dans la lignée d’un Humphrey Bogart, McQueen incarne les multiples facettes d’un individu à la fois complexe et solitaire tandis que la caméra de Yates scrute jusqu’à saisir les visages de son héros par un jeu de reflets et de réverbérations. Désormais, l’on ne compte plus le nombre de plans présentant le personnage principal dans le cadre d’un rétroviseur, à travers le reflet d’une vitre de voiture, ou celui d’une affiche vitrifiée de peep-show ou encore, celui d’un miroir de salle de bains (l’un des tous derniers plans du film). Le générique d’ouverture lui-même joue sur cette réverbération et sur le chevauchement de différentes réalités grâce aux fondus de plans qui disparaissent pour apparaître dans les lettres des noms des acteurs. Dans le scénario remanié, de nombreuses lignes de dialogues ont été élaguées et laissent place aux mouvements de caméra qui auscultent la réalité et privilégient ainsi les jeux de regards aux échanges verbaux, comme dans une très belle scène muette où l’on voit Bisset et McQueen échanger œillades et sourires inquiets dans un bar de jazz. […] Dans une ultime scène de carnage et au bout d’une course effrénée dans un aéroport, Bullitt se servira, pour la première fois, de son arme. Symboliquement, c’est à travers une porte vitrée qu’il tirera sur sa cible. (Marie Bigorie, Critikat.com)

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Mise à jour le Jeudi, 25 Mars 2010 02:41
 
mardi 23 mars, Assemblée générale
Jeudi, 18 Mars 2010 02:07
Avis à tous les adhérents,
Mardi 23 mars à 20h dans la salle Juliet Berto a lieu l'assemblée générale du CCC.

La réunion sera suivi du court-métrage Just un pitch, d'Éric Raynaud.
(Prix du jury de la 32ème édition du Festival du Court-Métrage de Grenoble)
 
mercredi 10 mars, aimez l'impossible avec "L'Aventure de Mme Muir"
Mercredi, 03 Mars 2010 22:10

mme muirN’y allons pas par quatre chemins et n’attendons pas la fin de cette critique pour clamer haut et fort que ce film fantastique est un pur chef d’œuvre, le premier d’une longue série pour Mankiewicz. Mais attention le terme ‘fantastique’ ne s’applique ici ni à la science-fiction, ni à l’épouvante. Ce film fait partie de ce courant qu’on pourrait nommer ‘fantastique romantique’ ou ‘comédie fantastique’ qui a connu son apogée dans les années 40 en Europe comme à Hollywood et qui a amené sur les écrans son lot de gentils fantômes et de morts en sursis. […]

Mme Muir est une jeune veuve qui décide après la mort de son mari de s’extirper du carcan oppressant de sa belle-famille pour enfin aller vivre sa propre vie et ne plus subir celle des autres. Lassée du cynisme et de l’hypocrisie environnante, elle s’installe dans une maison isolée au bord de la mer. Elle est fascinée par le tableau représentant le portrait d’un capitaine, ex-propriétaire de ces lieux, accroché dans le salon. Comme Dana Andrews faisant apparaître Laura à force d’y penser très fort dans le film d’Otto Preminger, Lucy est, elle aussi, si puissamment attirée par ce visage, qu’elle va finir par rencontrer le fantôme du capitaine ; une amitié assez forte va naître entre eux. En effet, tous deux sont séduits par la même chose, à savoir une vie aventureuse. Le fantôme l’a vécu et n’aura de cesse de la lui narrer mais Lucy, notre Emma Bovary anglaise, frustrée par une vie terne et monotone aux côtés d’une belle-famille étouffante et d’un mari qui devait être ennuyeux, a toujours fantasmé une vie romanesque. Quand le marin baroudeur, malgré son caractère frustre, irascible et ronchonneur, lui dit "Je suis ici parce que vous croyez en moi. Continuez à le croire et je serais toujours réel pour vous", comment la jeune femme rêveuse n’en serait-elle pas aussitôt tombée amoureuse ? Cependant, elle sera incapable de tout lui sacrifier quand, poussée par le fantôme lui-même, accablé de ne pas pouvoir lui offrir de plaisirs terrestres, elle se mettra à aimer un homme en chair et en os, écrivain de son état, qui lui fera miroiter monts et merveilles. […]

mme muir

Encore une fois, nous pouvons raisonnablement nous poser la question de savoir s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité puisque le personnage de Gene Tierney est endormi lors de la dernière apparition du capitaine et que, à son réveil, tout est terminé. […]

Ce film est un mélange harmonieux d’éléments tous portés à la perfection. Ayant commencé sa carrière de réalisateur l’année précédente avec Le château du dragon, Mankiewicz manie déjà la caméra avec une fluidité et une élégance qui ne le quittera jamais plus. Le travail sur le montage est lui aussi transparent et irréprochable. La photographie de Charles Lang est d’une belle sensualité et avec l’aide des autres techniciens de la Fox restitue à merveille l’Angleterre de l’époque du Roi Edouard et les paysages champêtres et marins de des superbes côtes anglaises. Et que dire du score de Bernard Herrmann, peut-être le plus beau qu’il ait composé avant celui de Vertigo, si ce n’est qu’il est éblouissant ? Cette musique fait beaucoup pour ajouter à l’émotion que nous éprouvons à de nombreuses reprises. A signaler aussi que l’un des thèmes de cette bande originale fait fortement penser à celui célèbre qui ponctuera Vertigo justement qui pourrait d’ailleurs en être une variation.

mme muir

Troisième film du réalisateur pour la 20th Century Fox, auparavant scénariste très justement réputé, auteur de scripts extraordinaires comme ceux de Fury de Fritz Lang, Indiscrétions de George Cukor et surtout Trois camarades de Frank Borzage, Mankiewicz n’a bizarrement pas écrit le scénario de Mme Muir. Il a juste contribué à peaufiner le personnage interprété par George Sanders en lui écrivant certaines lignes de dialogues. C’est Philip Dunne, auteur de la magnifique adaptation de Qu’elle était verte ma vallée que réalisera John Ford […] qui écrira cette histoire d’une qualité poétique extraordinaire, à la fois drôle et émouvante, romantique et mystérieuse mais aussi intelligente et désillusionnée puisque l’amour véritable ne peut s’accomplir pleinement que dans l’au-delà. A la fois comédie brillante et spirituelle, surtout dans sa première partie, le film se transforme en fine méditation sur la supériorité mélancolique du rêve sur la réalité et nous nous retrouvons devant une seconde partie tout simplement déchirante et poignante. Tous les sentiments défilent sous nos yeux émerveillés et embués d’émotion devant ce mélange d’onirisme, de charme, de séduction sans oublier la tendre ironie habituelle de Mankiewicz qui est un des éléments qui constituera en quelque sorte sa ‘marque de fabrique’ pour les films à venir.

mme muir

Nous ne pourrions achever ce texte sans parler de ce trio d’acteurs extraordinaire. George Sanders, dans le rôle de l’écrivain séducteur mais cynique, est très à son aise puisqu’il a très souvent joué ce genre de personnages […]. Dans la peau, ou plutôt ‘l’enveloppe charnelle’ du fantôme, nous trouvons le superbe acteur Rex Harrison qui ne sera jamais aussi bon que chez Mankiewicz puisque son autre interprétation la plus mémorable est sans doute son personnage de Jules César dans Cléopâtre. Il excelle dans ce personnage au langage peu châtié, râleur invétéré, romantique et même cultivé puisqu’il ira jusqu’à citer des poèmes de Keats. Quant à Mme Muir, inutile de s’appesantir sur l’une des actrices les plus adulées des cinéphiles du monde entier, la sublime Gene Tierney qui trouve peut-être ici son plus beau rôle.[…]Et Mankiewicz commence ici avec le personnage de Lucy, le début d’un catalogue impressionnant de rôle féminin sur mesure, avant entres autres, ceux de Eve Harrington, Maria Vargas ou Cléopâtre. Notons aussi le tout petit rôle de la future Maria de West Side Story : Nathalie Wood. Laissons le mot de la fin à Jacques Lourcelles qui écrit ceci dans son dictionnaire du cinéma : "Alliage rare, presque unique, entre l’expression d’une intelligence déliée et caustique et un goût romantique de la rêverie s’attardant sur les déceptions, les désillusions de l’existence." (Jeremy Fox , dvdcritik.com)

mme muir

Mise à jour le Mercredi, 03 Mars 2010 22:17
 
Vacances !!!
Jeudi, 11 Février 2010 01:25
Le CCC ne programme pas pendant les vacances scolaires !!!
RDV mercredi 3 mars pour un nouveau cycle !!!

vacances
 
mercredi 17 mars, l'amour est poésie avec "Locataires"
Jeudi, 11 Mars 2010 01:08
Dans Locataires, Kim Ki-duk cultive l’originalité qui lui est propre, sans pour autant tomber dans les effets faciles ou tape-à-l’œil. Bien au contraire, le cinéaste façonne son film par la grâce de sa mise en scène ainsi que par le regard singulier qu’il porte sur ses personnages - le squatter et la femme battue - et sur les aventures qu’ils traversent. Un sentiment de pureté et de poésie traverse alors le film, qui s’ancre d’abord dans la réalité avant de prendre une direction inattendue.


locataires

D’abord il y a le héros, Tae-suk, dont on ne sait rien, ou presque. Sorte de gentil voyou, il n’a aucune existence sociale : pas de travail, pas de maison, pas de famille. Ou plutôt si, mais à sa manière. En guise de travail, il recherche les habitations momentanément inoccupées. Il y élit domicile pour quelques jours, le temps de manger un peu, de prendre une douche, ou de se reposer. Les occupants absents deviennent alors sa « famille », dont il partage le quotidien durant quelques jours, jusqu’à poser devant la photo familiale. Trouvant un vieil homme décédé dans sa maison, il l’enterrera dans les règles de l’art, avec un grand respect, aussi bien que l’aurait fait un fils.

locataires

On retrouve chez lui une des constantes des héros de Kim Ki-duk, à savoir la lutte pour sa survie, avec une alternance de périodes de chute et de rédemption. Le réalisateur coréen aime faire coexister dans chaque personnage la bonté et la cruauté, et en montre ici une nouvelle variation. Tae-suk sauve une femme, mais sera aussi capable de frapper un homme avec des balles de golf.

Lorsque apparaît Sun-houa, le regard triste et le visage tuméfié, le film tombe imperceptiblement mais irrésistiblement dans l’histoire d’amour, une histoire d’amour toute en retenue, poésie et pudeur, celle de deux âmes sœurs au destin parallèle, symbolisé par la même blessure à la lèvre. Tandis que la relation avec son mari symbolise les rapports de force et l’agressivité au sein du couple, la relation qui l’unit à Tae-suk est presque platonique, caractérisée par de chastes baisers et par une grande douceur.

Tout comme dans L’Île ou Printemps, été, automne, hiver...et printemps, Kim Ki-duk privilégie ici le silence. Les paroles ne viendraient que perturber l’atmosphère et la poésie qui ont été instaurées. Ainsi, aucune parole ne sera échangée entre les deux amants. Nous entendrons la voix de Sun-houa, le temps de quelques mots, mais jamais celle de Tae-suk. […] Éviter les discours inutiles, transmettre l’émotion par le langage corporel ou le regard, tel est le moyen d’expression privilégié ici par Kim Ki-duk. […] L’économie de moyens dont fait preuve le réalisateur est désarmante de simplicité et de beauté.


locataires

Le thème du regard et de la perception est omniprésent dans le film, et se décline de diverses manières. Comme Tae-suk a pris possession des lieux en ignorant que Sun-Houa s’y trouvait, cette dernière le suit d’abord discrètement et l’observe, dans un jeu de cache-cache subtilement mis en scène. Le laissant évoluer à sa guise, elle retarde ainsi leur rencontre. À un second niveau, un jeu s’organise autour des photos, tantôt objet d’art (l’album de photos de Sun-Houa en tant que mannequin), tantôt objet intime et personnel (les photos de famille). Dans de nombreux plans, personnages réels et photographies se juxtaposent, soulignant ainsi la relation problématique entre le monde réel et celui des images. Le regard du spectateur est également remis en question, car gêné par des barrières qui se dressent entre lui et le personnage (une fenêtre, une vitre de voiture, un aquarium, ou l’embrasure d’une porte. […]

En proposant une réflexion sur l’immatérialité des personnages et des images, Kim Ki-duk interroge aussi notre croyance de spectateur de cinéma. Le film se révèle être un mélange d’éléments matérialistes et quotidiens, et en même temps d’évanescence et d’intemporalité, à l’image de l’affiche du film, aérienne et énigmatique. Que savons-nous au juste de Tae-suk ? Sommes-nous sûrs qu’il existe ? Les hypothèses à son sujet se succèdent : est-il un homme réel, un fantôme, un ange-gardien, une fantasmagorie de Sun-Houa ? […]

locataires

Toute la beauté du film réside d’ailleurs dans ce doute, qui ébranle nos certitudes et tente d’apporter un peu de poésie dans le regard que nous portons sur le monde. Kim Ki-duk est un véritable poète des images, dont le style s’affirme de film en film. Ceux qui lui ont décerné le Lion d’Argent/Prix de la mise en scène au festival de Venise 2004 ne s’y sont pas trompés. (Audrey Jeamart, Critikat.com)

locataires

Mise à jour le Jeudi, 11 Mars 2010 01:16
 
mercredi 3 mars, vivez l'humour macabre d' "Harold et Maude"
Mercredi, 24 Février 2010 21:48

harold et maudeAlors qu’avec Le Lauréat (1968) et Un été 42 (1970), le cinéma post-flower power semblait avoir réglé son complexe d’Œdipe, Harold et Maude pousse le bouchon encore plus loin en imaginant une relation amoureuse entre un jeune garçon neurasthénique et une octogénaire excentrique, digne parente politisée de la Folle de Chaillot ou de la Madame Madrigal des Chroniques de San Francisco. Libertaire et trop dérangeant pour l’Amérique de Richard Nixon (pour se prévaloir de toute tôlée, la Paramount n’accepta pas qu’une scène d’amour entre les deux protagonistes soit tournée), le film fut d’abord un échec critique et public cuisant avant de voir sa carrière relancée grâce au très bon bouche-à-oreille sur les campus américains. […]Le public français, lui, fut beaucoup plus réceptif à cette histoire atypique qui sortit sur nos écrans fin 1972. À tel point qu’une adaptation théâtrale est montée par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. […]

harold et maude

La réussite de Harold et Maude, c’est son parfait équilibre entre un humour macabre et une grande légèreté, sa faculté désinvolte à renverser les tonalités dans une même scène (comme ce passage bouleversant où Maude revient, les larmes aux yeux, sur la mort de son mari avant de proposer une danse à Harold, avec l’allégresse d’une petite fille) et à raconter avec une pudeur exemplaire une histoire d’amour qui n’a d’extraordinaire que son extrême évidence. Les séquences les plus réussies sont évidemment celles qui exploitent jusqu’au bout ces décalages sans avoir peur de flirter avec un surréalisme pince sans rire, quitte à devenir un ovni entre Tueurs pour dames et Six Feet Under. Les faux suicides d’Harold, hilarants dans leur absurdité, en sont les meilleurs exemples. Imaginez un peu la scène : le garçon noyé le corps en croix tel le héros de Sunset Boulevard, et sa bourgeoise de mère qui nage à ses côtés avec un calme olympien ; ou encore cette scène où la marâtre remplit pour son fils un questionnaire d’agence matrimonial et ce dernier qui se fait sauter la cervelle… sans susciter la moindre réaction. Il fallait oser, également, entourer l’histoire d’amour entre Harold et Maude d’une poésie funèbre. Tous deux adeptes des enterrements et de morbidité, ils se rencontrent en effet lors de diverses oraisons comme d’autres pique-assiettes auraient fait connaissance dans des soirées mondaines. Et c’est avec un malin plaisir qu’ils se permettent de voler les corbillards à la barbe de la police.

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Il est évident que Harold et Maude ne serait rien sans son duo d’acteurs impeccables. Protégé de Robert Altman avec qui il venait de tourner Mash, Bud Cort a d’abord hésité (de peur d’être ensuite catalogué dans ce genre de rôles) à jouer le rôle d’Harold. Bien mal lui en a pris puisque avec son teint gothique, sa bouille de gamin et ses grands yeux bleus, il apporte un trouble burtonien à son personnage. Dans le rôle de Maude, la pétillante Ruth Gordon s’impose comme une évidence, elle qui, dans sa longue carrière, a joué aussi bien les scénaristes féministes (elle a notamment signé pour Cukor les scénarios de Madame porte la culotte et de Mademoiselle Gagne-Tout) que les actrices maléfiques (la voisine diabolique du non moins fantastique Rosemary’s Baby de Roman Polanski).

La bande son admirable, signée Cat Stevens, rappelle des collaborations similaires dans le cinéma Hollywoodien de cette époque, notamment le travail de Simon & Garfunkel sur Le Lauréat ou des Bee Gees pour La Fièvre du samedi soir. Esthétiquement parlant, le réalisateur usant allègrement de la longue focale et n’ayant pas peur de proposer des champs/contrechamps audacieux ou des effets de style plutôt bien vus (la scène d’ouverture où l’on voit se préparer le premier suicide d’Harold à hauteur de pieds). Harold et Maude est donc bien un film de son temps et l’on comprend que pour l’époque, ce duo atypique était suffisamment transgressif pour que le film ne soit appréhendé que sous cet angle. Quarante ans plus tard, leur histoire d’amour peut être plus largement lue comme une allégorie libertaire de tous les couples en marge d’une société formatée par les carcans idéologiques et religieux. […]

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Quarante ans plus tard, c’est aussi le fond même de l’histoire qui nous saute aux yeux et l’omniprésence donnée à la mort. Harold, en effet, est dans une démarche presque pascalienne puisqu’il se divertit de la mort en la mettant en scène, non pas tant pour la conjurer que pour essayer de se rendre intéressant aux yeux de sa mère. […] D’une certaine manière, Maude prend également la mort en diversion. Mais à l’inverse d’Harold, cette hédoniste embrasse la vie et s’en sert de terrain de jeu. Elle se présente elle-même comme une révolutionnaire généreuse qui goûte aux plaisirs de la chair, à la joie de briser les codes et aux bienfaits de la nature (ce qui donne lieu à une séquence décalée où elle embarque un arbre en pot dans sa décapotable pour le replanter dans la forêt). Mais ce qui oppose les deux personnages, c’est qu’Harold n’a pas encore d’histoire. Comme il le dit lui-même avec ironie : « Je n’ai rien vécu, mais je suis mort plusieurs fois. » Par l’intermédiaire du personnage, Hal Ashby et Collin Higgins se moquent certainement d’une jeunesse bourgeoise attentiste qui croit qu’aux yeux des autres, la vie n’aurait de sens que dans la mort. L’optimisme de Maude, au contraire, est l’expression de ces générations qui sont passées par les horreurs imprescriptibles de la Seconde Guerre Mondiale. […] (Nicolas Maille, critikat.com)

harold et maude

Mise à jour le Mercredi, 24 Février 2010 22:01
 
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