mercredi 6 janvier, menez l'enquête avec "Le Faucon matlais"
Lundi, 04 Janvier 2010 01:48
Le policier : What is it ? (Qu’est-ce que c’est) Sam Spade (Humphrey Bogart) : It’s the stuff that dreams are made of. (C’est la matière dont sont fait les rêves).
À l’origine, ‘Le Faucon Maltais’ est un roman de l’écrivain américain Dashiell Hammett. Celui-ci avait débuté sa carrière comme détective privé, mais avait été contraint d’abandonner ce métier suite à une grave tuberculose. Il se mit alors à écrire des romans policiers en lançant son propre style, dynamique, particularisé par des dialogues écrits proches des dialogues parlés. Il écrit le ‘Faucon Maltais’ en 1928 et le livre, publié en 1930 a immédiatement un grand succès populaire. Les studios Warner en achètent les droits et sortent une première adaptation dés 1931.
Malheureusement, ce film n’a pas le succès escompté, principalement du fait d’une mise en scène qui est loin de coller au rythme du roman et une tendance trop marquée vers le côté érotique du livre. Warner persévère pourtant et sort, dés 1936, une nouvelle adaptation sous le titre « Satan Met a Lady », avec Bette Davis et Warren William. Mais là encore, c’est un flop, car le réalisateur William Dieterle amplifie trop le côté humoristique des personnages et des situations. Après ces deux échecs retentissants, le roman et ses droits partent dans un tiroir et n’auraient jamais dû en sortir.
C’est un jeune écrivain de pièces de théâtre et de scripts pour la Warner qui va tenter d’adapter le livre pour la troisième fois, qui sera aussi la bonne, en 1941. John Huston, poussé par Howard Hawks avec qui il a collaboré et qui a apprécié ses talents, se fait confier la réalisation d’une nouvelle version du ‘Faucon Maltais’. Mais les studios ne veulent pas prendre de risques et ne lui confient alors qu’un tout petit budget et une période de tournage courte. C’est ainsi qu’avec à peine 300 000 $ et deux mois de tournage deux stars vont éclore à Hollywood : John Huston et Humphrey Bogart.
John Huston tourne ici son premier long métrage et va d’emblée s’imposer comme un formidable directeur d’acteurs et metteur en scène. Le manque de moyens le force à amplifier le côté intimiste et oppressant de ce roman noir en utilisant de petits décors. Mais il sait superbement jouer avec la caméra, s’inspirant des techniques de la vague de cinéastes allemands, dont Fritz Lang, qui ont fui l’Europe en guerre.
De son côté, l’acteur Humphrey Bogart a déjà fait parler de lui dans des seconds rôles de méchant, mais ici il incarne le rôle principal et parvient à saisir toute l’essence du personnage imaginé par Dashiell Hammett. Pour ne pas trahir ce roman une nouvelle fois, John Huston décide d’ailleurs de le suivre à la lettre, obéissant toutefois à l’ordre de son producteur Hal B. Wallis d’accélérer le rythme des dialogues. Pour ce film qui repose essentiellement sur l’atmosphère et la tension, il fallait aussi des acteurs hors pair. Mary Astor, qui a débuté dans le film muet avant de devenir une star ‘people’ à travers les frasques de sa vie privée, incarne à merveille la ‘femme fatale’ qui ne vit que par et pour le mensonge. Le ‘méchant’ du film est incarné par l’acteur de théâtre Sydney Greenstreet qui impose sa calme détermination grâce aux belles contre-plongées voulues par le réalisateur. Enfin, on remarquera le personnage énigmatique et précieux dont la sournoiserie ressemble à celle du serpent, superbement interprété par Peter Lorre, celui-là même qui incarnait le répugnant personnage de ‘M’ dans ‘M le maudit’ de Fritz Lang.
‘Le Faucon Maltais’ est donc un film à part qui marque un véritable tournant dans les productions d’Hollywood. C’est l’une des premières fois que la barrière ‘Bons’ et ‘Méchants’ tombe, avec des personnalités floues et ambiguës. C’est aussi la véritable naissance du ‘Film noir’ pour laquelle John Huston et ses acteurs créent un véritable standard. À sa sortie, le film est salué par la critique et obtient un beau succès public. Pourtant, ce n’est que bien des années plus tard que son ‘importance’ pour le 7e art sera véritablement reconnue. (dvdcritique.com)
Mise à jour le Lundi, 04 Janvier 2010 01:59
Bonnes fêtes de fin d'année !!!
Jeudi, 17 Décembre 2009 21:29
JOYEUX NOËL ET BONNE ANNÉE A TOUS !!!
Rendez-vous le mercredi 6 janvier 2010 pour une nouvelle année de cinéma !
Mise à jour le Lundi, 21 Décembre 2009 05:29
Recherche d'un stagiaire
Mardi, 08 Décembre 2009 01:34
Le Centre Culturel Cinématographique cherche pour son Festival des Maudits Films (du 27 au 30 janvier 2010) un stagiaire pour l'organisation et la logistique du festival. Conditions requises : être étudiant, cinéphile et avoir une bonne orthographe. La durée du stage est de 6 semaines : de janvier à mi-février. Si vous êtes intéressés, merci de nous contacter à l'adresse suivante :
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Mise à jour le Mardi, 08 Décembre 2009 01:51
mercredi 2 décembre, partez à la campagne avec "A l'Est d'Éden"
Mercredi, 25 Novembre 2009 22:13
Salinas, bled perdu de Californie, 1917. La famille Trask connaît quelques problèmes d’argent. Il y a le père (Raymond Massey), obsessionnellement droit et vertueux. Ce dernier a deux fils : Aron (Richard Davalos) et Cal (James Dean). Il n’a jamais pu s’empêcher de marquer sa préférence pour Aron, qui comme lui a la foi et s’efforce d’évoluer en restant toujours du côté du bien. Ce qui n’est pas le cas de Cal, enfant sauvage et incompris, jamais aimé des siens. Solitaire, légèrement rebelle, le jeune homme commence à découvrir qu’il plait aux femmes mais reste obsédé par une seule d’entre elles : sa Mère (Jo Van Fleet). Son père a toujours juré, à lui et son frère Aron, qu’elle était morte. Mais Cal a entendu dans un bar une rumeur comme quoi elle serait bien en vie et est obstiné à l’idée de la retrouver et de lui parler. Par ce désir, il va, sans le vouloir, provoquer un véritable cataclysme dans sa famille. A l’aube de la Première guerre mondiale, les gens angoissent, spéculent sur les marchés parallèles et les jeunes hommes se cherchent. Aron est ainsi sur le point d’épouser sa promise, la sagement apparente Abra (Julie Harris). Mais celle-ci, seule à comprendre le calvaire intérieur de Cal, pourrait bien voir son cœur prendre une direction contraire à ce qui était prévu…
Marquant le premier emploi du Cinémascope par Elia Kazan, A l’est d’Eden est une de ses œuvres les plus autobiographiques et qui comporte de troublantes ressemblances avec la vie de James Dean (Comme Cal, Dean est né dans une ferme et a dû subir l’absence d’une mère). Adapté du roman de John Steibeck, le film n’en est le reflet que d’un quart seulement. Avant de le tourner, Kazan avait tenu à obtenir l’accord de l’auteur. Le résultat est saisissant et d’une intensité rare. Car chaque moment déborde d’énergie, d’émotion, comme si tout était constamment sur le point de s’effondrer. Pas surprenant pour un long-métrage qui suit le point de vue d’un jeune premier sur le fil. Cal est une boule de sensibilité et de nervosité. Il n’a jamais été le fils préféré, n’a jamais bénéficié d’amour, a toujours été relégué au second plan. Alors qu’il approche de l’âge d’homme, il veut changer, prouver à son père qu’il est digne de lui, qu’il peut faire des choses, être responsable, l’aider. Mais comment obtenir les grâces d’un homme bigot qui vous désigne d’office comme le « vilain » de la famille ?
Tout le long du film, Kazan revient sur l’opposition entre le bien et le mal. Aron serait le bien , comme son père. Car ils suivent la Bible, s’efforcent toujours de faire les « bons choix ». Et Cal serait le mal, comme sa mère. Cette dernière a abandonné sans scrupules mari et enfants pour mener une vie débauchée de femme d’affaires (elle tient une maison close).[…] Quand le mal est à la racine, que faire ? Cal, désireux d’aider son père endetté, essaiera de se faire de l’argent par la vente de haricots, profitant des pénuries liées à la guerre. Qu’ont donc en commun le fils et la mère ? Cette même volonté, ce désir de s’en sortir, l’instinct de survie. Ils sont malins, ils sont passionnés et agissent sans forcément penser aux conséquences. Mais Cal , jeune et frais, est encore un être très sensible et a été fortement influencé par l’éducation de son père. Il tient ainsi à mener sa vie en toute harmonie, à aimer et à être aimé, à chercher le pardon. Cette envie de rédemption est stimulée par la rencontre qui prend forme avec Abra , la petite amie promise au mariage à son frère. Mais, franchement, quelle fille ne craquerait pas devant un garçon à la fois si fort, courageux, tenace et en même temps débordant de sensibilité et d’attentions ? James Dean était fait pour interpréter Cal. De par les fêlures qu’il a en commun avec le personnage déjà. Mais aussi et surtout car lorsque l’on voit le film on se dit que le rôle a été écrit pour lui, on ne distingue plus la fiction de la réalité. Elia Kazan nous fait instantanément rentrer dans son film, on se sent concerné par ces histoires familiales totalement universelles et le contexte de la Première guerre mondiale constitue un fond idéal pour dresser désillusions et douleurs intérieures, guerres et désirs de paix.
Bourré de fulgurants moments dramatiques, empreint d’une délicate poésie des plans, ponctué de petites respirations comiques, A l’est d’Eden est un chef d’œuvre du cinéma à l’état pur. Pour l’interprétation impeccable de tout son casting, pour les multiples thèmes familiaux abordés (rapport à la mère qui a abandonné et à son faux deuil annoncé ; rapport de jalousie et de concurrence entre les deux frères ; rapport inégalitaire au père..), pour cette somptueuse musique qui enveloppe les images avant de s’adjoindre à elles pour nous émerveiller, pour la naissance du mythe James Dean, acteur né, magnétique, qui à chaque apparition est un festival d’émotions. Une œuvre inoubliable. (www.tadahblog.com)
Mise à jour le Lundi, 21 Décembre 2009 05:28
mercredi 16 décembre, explorez l'interdit avec "Un Tramway nommé désir"
Mercredi, 09 Décembre 2009 22:03
Un Tramway nommé Désir au cinéma, c’est le résultat d’une longue collaboration entre Tennessee Williams, Elia Kazan et Marlon Brando. D’abord monté à Broadway avec grand succès par Elia Kazan lui-même en 1947, avec Jessica Tandy et Marlon Brando dans les deux rôles principaux, le projet a fini par intéresser l’industrie hollywoodienne qui avait flairé le potentiel cinématographique de ce projet, même s’il fallait passer par certaines concessions pour satisfaire une censure plus puritaine que jamais. Ce film mythique révéla Marlon Brando et consacra définitivement Vivien Leigh. (…)
Ce Tramway nommé Désir, c’est celui qui mène la délicate Blanche Dubois (Vivien Leigh) chez sa sœur Stella (Kim Hunter), mariée depuis peu à Stanley Kowalski (Marlon Brando), un homme d’une bestialité inhabituelle, étrange mélange d’émotivité et de brutalité. Ce séjour, d’abord temporaire, s’éternise à mesure que l’on prend conscience des problèmes que Blanche cherche à fuir (la perte de la maison familiale, une liaison avec un de ses jeunes élèves qui lui a valu d’être renvoyée de l’école où elle enseignait) en se réfugiant dans un romantisme outré et luxueux qui ne tarde pas à agacer son nouveau beau-frère. D’abord plus ou moins tolérant, celui-ci finit par persécuter la visiteuse, lui demandant sans cesse des comptes sur l’argent de l’héritage et divulgant à son entourage masculin la sordide réalité de sa nymphomanie. Comme prise au piège dans cet appartement qui, par sa promiscuité et sa moiteur ambiante, traduit clairement les pulsions qu’elle cherche à occulter, l’héroïne tente néanmoins de se faire passer pour une jeune femme vertueuse sur qui le sexe et le temps n’ont aucune prise. Souhaitant par-dessus tout rencontrer ce grand amour qui la lavera de son passé, elle trouve en Mitch (Karl Malden), un vieux garçon étouffé par sa mère mourante, le compagnon idéal, attentif et attentionné.
Si le film n’a rien perdu de son statut mythique, c’est avant tout pour la performance époustouflante du jeune Marlon Brando. L’acteur, alors inconnu de l’industrie cinématographique, se posait pour la première fois comme objet sexuel, capable de susciter du désir, ou du moins un trouble, chez les personnes des deux sexes. En remettant clairement en question les stéréotypes de l’époque parce qu’il dépossède l’homme de cette neutralité qui rassure en devenant un condensé d’émotion et de bestialité, Marlon Brando devient le symbole de cet érotisme homosexuel si prégnant dans l’univers de Tennessee Williams, et que Paul Newman incarnera également quelques années plus tard dans La Chatte sur un toit brûlant. Pourtant, Un Tramway nommé Désir reste avant tout un troublant portrait de femme, celui de Blanche, perdue entre un idéal de virginité et le sordide d’une réalité qui la fait peu à peu basculer dans la folie. (…). C’est Vivien Leigh qui hérita de ce rôle qui prit une place très particulière au sein de sa carrière. L’histoire et les origines de son personnage (une femme élevée au sein d’une certaine bourgeoisie, propriétaire d’une demeure dans le sud des Etats-Unis) n’est pas sans rappeler celui qui fit sa gloire, Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent (Victor Fleming, 1939), comme si le spectateur la retrouvait, quelques années plus tard, après qu’elle ait tout perdu. (…) Ce n’est pas une simple performance d’actrice récompensée par un Oscar, mais bien le lent naufrage d’une femme troublante et ambiguë, d’une humanité bouleversante, qu’Un Tramway nommé Désir nous expose avec une acuité assez stupéfiante.(...) (Clément Graminiès www.critikat.com)
Mise à jour le Lundi, 21 Décembre 2009 05:28
mercredi 9 décembre, cédez au désir en venant voir "La Fièvre dans le sang"
Mercredi, 02 Décembre 2009 21:54
Tu ne coucheras point
Produit et réalisé en 1961, La Fièvre dans le sang est probablement le film le plus accompli d’Elia Kazan. Intense et mélancolique, cette œuvre au technicolor flamboyant marque la consécration d’une jeune actrice trop vite disparue : Natalie Wood. Histoire d’un amour passionné mais non consommé, La Fièvre dans le sang est aussi le témoignage d’une époque - la frénésie pré-crise boursière d’octobre 1929 - où les valeurs matérielles prenaient le pas sur l’épanouissement personnel.
D’Elia Kazan, on connaît surtout ses films multi-oscarisés : Le Mur invisible (1947), Un Tramway nommé Désir (1950) et Sur les quais (1954). Justement récompensés, ces quelques très bons films tendent pourtant à faire oublier que la meilleure période du cinéaste d’origine grecque fut le tout début des années 1960 - alors que les Studios amorçaient leur déclin - avec trois chefs d’œuvre d’une maîtrise exemplaire : Le Fleuve sauvage (1960) et America, America (1963) entre lesquels se glisse La Fièvre dans le sang, dont le titre original, Splendor in the Grass, rend davantage justice à cette œuvre hybride et complexe, d’une mélancolie particulièrement tenace.
Dès la première scène, le cadre est posé : 1928 dans une petite ville du Kansas, la prospérité économique enthousiasme la majeure partie des habitants - qu’ils soient modestes ou aisés - qui ont tout investi en actions. Dans cette ambiance euphorique, deux adolescents vivent une histoire d’amour passionnée : Dean Loomis (Natalie Wood), fille unique de parents modestes, et Bud Stamper (Warren Beatty), fils prodigue d’un riche pétrolier qui règne sur sa famille en patriarche un brin tyrannique. Tout serait presque parfait si les deux jeunes adultes n’étaient pas confrontés à l’interdiction explicite de leurs parents : ne jamais passer à l’acte. Cette frustration devant l’évidente tentation s’identifie dès les premières scènes : seul dans la voiture de Bud, le jeune couple se livre à des caresses avant de renoncer à aller plus loin. Pourtant, en témoigne la violente cascade d’eau au second plan (métaphore de la pulsion sexuelle déjà employée dans Niagara d’Henri Hatthaway), le désir - presque animal - est bien là, prêt à tout faire imploser. Bud s’énerve, frappe son volant, sort de la voiture et claque la portière. L’assouvissement n’est donc pas de ce monde. Difficile pour eux de s’affranchir de ces strictes conventions. Les scènes suivantes le prouvent, notamment lorsque la mère de Dean ne cesse de lui répéter que l’acte n’est acceptable que dans l’unique but de concevoir et quand chez Bud, la grande sœur Ginny (Barbara Loden, future réalisatrice de Wanda) se livre sans vergogne à tous les hommes, peu soucieuse des ragots que la petite ville se plaît à répandre sur son compte. Le jeune couple n’a donc pas d’autre choix que celui d’attendre le mariage et les quatre années qui les séparent de la fin du parcours universitaire de Bud.
Mais dans le quotidien, aussi chaste soit-il, quelques dissonances annoncent le point de rupture de cette morale schizophrène. Dean, si elle sait mettre fin aux élans de son petit ami, apparaît rapidement comme un personnage trouble dont le calme et l’évidente timidité dissimulent en fait une angoisse devant la somme d’interdits auxquels elle doit faire face. En témoigne la scène où elle jette violemment son ours en peluche - symbole d’un temps d’innocence aujourd’hui révolu - ou encore des innombrables séquences où la jeune femme s’avance dans les couloirs du lycée, le regard effrayé par l’agitation des corps tout autour d’elle. […]
Si une bouleversante mélancolie enveloppe progressivement le film, notamment lors de ses dernières scènes, c’est que La Fièvre dans le sang est avant tout un film sur l’apprentissage et les désillusions, d’une violence psychologique qui n’aurait rien à envier aux drames de Tennessee Williams.(Clément Graminiès,Critikat.com)
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