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mercredi 25 novembre, tous à vos lance-pierres avec "La Guerre des boutons"
Jeudi, 19 Novembre 2009 02:43

Genre : à cul les Velrans !

A ma droite, Velrans, à ma gauche, Longeverne : deux villages divisés par quelques arpents de pâturage et une rivalité antédiluvienne. Pour tout dire, c'est la guerre. Terrible et sans merci, comme toutes les guerres. Sauf qu'ici les belligérants ont le genou couronné, fréquentent la communale, s'affrontent au lance-pierres et autres armements lourds. Ce sont les culottes courtes, bretelles et boutons sectionnés par l'ennemi qui tombent au champ d'honneur...

Extrêmement fidèle au célèbre roman de Louis Pergaud, Yves Robert a su ciseler une chronique rurale mémorable, portant une attention tendre et goguenarde à son essaim bourdonnant de personnages, du plus jeune (inoubliable « Si j'aurais su, j'aurais pas venu ! » proféré par un Petit Gibus tombé aux mains de l'ennemi) au plus adulte (il faut voir Jean Richard ou Michel Galabru rejoindre la mêlée des minots, emportés par la vieille querelle de clocher). Plus de quarante ans après sa sortie, cette alerte comédie en plein air n'a rien perdu de sa fraîcheur. Rares sont les films qui, depuis, ont montré l'enfance avec autant de liberté et de divine truculence. (Cécile Mury, Télérama.fr)

guerre des boutonsGuerre des Boutonsguerre des boutons

Comédie culte de toute une génération, le film de Yves Robert est un savant mélange entre humour et émotion. On se souvient encore de la rage de Lebrac (André Treton), qui en veut à ses parents, à l’école, à ses adversaires du village de Velrans (lui, dirige les gamins de Longevernes).
On se souvient surtout de Petit Gibus (Martin Lartigue – son frère aîné François joue Grand Gibus), petit môme maladroit et hilarant, auteur de bon nombre des scènes et répliques cultes du film : Si j’avais su, j’aurais pas v’nu !, C’est bon, la goutte !, ou Je peux marcher comme ça, moi ! J’ai pas la trouille, moi !

On trouve, dans le rôle des adultes, Jacques Dufilho (qui fait goûter de l’alcool à Petit Gibus, pour le réchauffer), Michel Galabru, Paul Crauchet, Jean Richard, Pierre Tchernia.
Yves Robert lui-même, il me semble, apparaît dans son film. Comme on le voit, un castin adulte remarquable, mais le casting des enfants est remarquable aussi, tant ils jouent tous bien !

Scènes et répliques cultes, ambiance légère, ce film a beau avoir plus de 40 ans, il ne vieillit absolument pas, ou en tout cas, pas en mal ! Ca reste encore aujourd’hui un film sensationnel et culte.
Mon pantalon… est décousu… si ça continue, on verra l’trou d’mon… pantalon… est décousu… si ça continue, on verra l’trou d’mon…  (cinemadolivier)

guerre des boutons


Mise à jour le Lundi, 21 Décembre 2009 05:27
 
mercredi 18 novembre, devenez fauconnier avec "Kes"
Jeudi, 12 Novembre 2009 01:39
kesAdaptant l’ouvrage de Barry Hines avec son concours, Ken Loach s’affirme comme un cinéaste avec lequel il faut compter lorsque Kes sort sur les écrans en 1970. Récompensé par deux BAFTA et nommé au titre de meilleur réalisateur pour ce film, Nous vous offrons ainsi l’occasion de (re)découvrir l’une des œuvres fondatrices du maître anglais et son émouvant personnage principal, Billy le fauconnier.
Entre chronique sociale et film d’apprentissage

Tourné après Poor Cow et avant Family Life, Kes nous raconte le quotidien de Billy Casper, jeune garçon de Barnsley, triste ville minière perdue dans le nord-est de l’Angleterre. Passionné par les faucons, ce dernier en digne rejeton de la working-class est un garnement notoire. Maladroit et insignifiant pour ceux qui l’entourent, il livre les journaux le matin pour quelques shellings et chasse à ses heures perdues les nids d’oiseaux avec ses amis. Enclin aux moindres facéties dans son austère école et comme étranger à ce qui s’y passe, le jeune homme a pourtant un rêve, devenir fauconnier. Or, par la grâce d’une escapade matinale, son rêve va se réaliser…

Proche par ses thèmes et son traitement de films comme Le petit fugitif, Les 400 coups ou This is England, Ken Loach aborde avec Kes l’enfance et ses péripéties avec une extrême acuité. En effet, abordé avec une formidable compassion, Billy évolue au gré du rapport complice qui se construit avec Kes, son faucon. Entre Oliver Twist et Tom Sawyer, ce garnement atypique devient alors pour le cinéaste, le héros d’un quotidien laborieux pour lequel l’avenir – incertain - ne peut être dissocié de son amour pour les animaux. Or, l’univers quil’entoure est hostile et il ne laisse que peu de place à sa passion et à des envies excentriques pour son milieu. […]

kes

Humaniste et émouvant malgré des tendances mélodramatiques, Kes profite donc de la richesse et des finesses de son scénario pour emporter pleinement son spectateur. Mais ce qui fait de ce film l’une des réussites fictionnelles de son auteur est affaire de mise en scène. Doté d’une narration très maîtrisée que rythment par instants une musique édifiante et une succession de séquences tantôt bucoliques, tantôt froidement cruelles et réalistes, Kes met parfaitement en lumière le rôle que prend le faucon de Billy dans sa vie peu trépidante. Moyen de son émancipation et de sa considération, l’oiseau révèle sa personnalité et s’avère la clef de son épanouissement. Ainsi, Kes révèle déjà chez Ken Loach, le metteur en scène qu’il va devenir. Et cela tient notamment au fait que ce métrage dépasse les limites de sa seule histoire en portraiturant l’Angleterre appesantie d’alors. En dépit de sa facture classique, Kes saisit en effet avec un regard presque clinique ce qui fait l’époque et plus encore son esprit, celui d’une société surannée et compassée vivant le crépuscule des sixties et l’avènement de la culture pop.

kes

La manière Loach

Ainsi, surgit au jour ce qui fera la force du cinéma de Loach durant les trente années qui suivront et cela jusqu’à Looking for Eric. Tout d’abord, la prédilection de ce dernier à documenter certains milieux ressort d’emblée de ce second film. Le cercle familial, cellule fondamentale, est scrutée sous l’angle des relations, des conflits et des habitudes de chacun, à la manière de certains de ses films ultérieurs, de Family Life à Le Vent se lève. De même, le milieu scolaire vu comme autoritaire, rigide et oppressant, est examiné sans apprêts mais non sans humour, notamment lors des scènes de football et de vestiaire. Il en va d’ailleurs de même avec le monde professionnel, exploré avec un recul qui croque plus qu’il ne dénonce.

Dès lors, le tableau aussi sociologique que naturaliste qui est brossé sous nos yeux cherche autant à décrire qu’à raconter pour mieux discuter et cerner l’histoire et l’aventure individuelle dans une perspective plus collective. Ainsi, reconnaît-on la patte du documentariste engagé que deviendra Ken Loach mais aussi sa manière de s’attacher d’abord à l’individu et à ses interactions sociales, dans le cercle des institutions qu’il fréquente. En effet, conteur invétéré, le cinéaste choisit le primat de l’individu comme mesure du cadre et emploie le destin qu’il raconte pour mieux révéler ce qui l’entoure. Par exemple, via un montage alterné marquant tout à la fois l’opposition et les points communs entre la mère de Billy et son frère lors d’une même soirée, le cinéaste interroge le présent de ses personnages, leurs liens et sonde en usant de dialogues impromptus, l’avenir qu’on leur propose entre engagement et évolution sentimentale et personnelle. Or, en faisant cela dès son second film, ce dernier pose déjà les fondements de ce qui fera le sel de ses films à venir, à savoir le passage en contrebande d’un discours politique et social vif et sans cynisme.

kes

Par conséquent, Kes, matrice du style loachien des décennies futures, s’impose comme un excellent film et plus encore comme un incontournable dans la filmographie de l’auteur de Land and freedom. Par ce qu’il pose comme thèmes, par l’abord qu’il leur réserve mais surtout par l’humanité avec laquelle il aborde le sort des plus humbles. (www.excessif.com)

kes


Mise à jour le Jeudi, 12 Novembre 2009 01:52
 
mercredi 4 novembre, reveillez votre instinct primitif avec "Sa Majesté des mouches"
Jeudi, 29 Octobre 2009 03:59
Un groupe d’enfants livrés à eux-mêmes sur une île déserte finissent par se diviser en deux camps : ceux qui s’abandonnent à leurs instincts primitifs et ceux qui s’acharnent à croire en les bienfaits de la civilisation. De cette effroyable opposition, l’écrivain William Goldwin avait livré une parabole saisissante sur la véritable nature de l’Homme. Le metteur en scène de théâtre et cinéaste Peter Brook en propose une adaptation où la sobriété n’occulte jamais l’horreur des situations auxquelles sont confrontés les enfants. Une œuvre à redécouvrir de toute urgence.

Sa Majesté des mouches

Loin de cette civilisation britannique du milieu du siècle (à laquelle le générique fait écho grâce à un montage de photographies) dans laquelle ils ont grandi, un groupe de jeunes garçons se retrouve seul sur une île déserte du milieu du Pacifique. Improbables rescapés d’un crash aérien qui n’a épargné qu’eux, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans un environnement loin d’être totalement hostile (une île tropicale plutôt verdoyante) où pas un seul adulte n’est là pour leur poser des interdits. Dans un premier temps, les enfants vont tenter de s’organiser en instaurant des règles, des lois et une hiérarchie en élisant l’un d’entre eux, Ralph (James Aubrey dans son premier film), chef du groupe. Son principal allié, méchamment surnommé Piggy (Hugh Edwards) en raison de son poids, fait rapidement l’objet de railleries, rappelant que l’habituelle cruauté des enfants ne rencontrera ici aucun frein.  Pourtant, ce n’est pas tant la complexité des rapports psychologiques entre les enfants (très développés dans l’ouvrage de Goldwin), et notamment la question de l’appartenance au groupe - et donc l’angoisse d’en être exclu -, qui intéressent Peter Brook, mais bien la déliquescence des règles dans un univers où les instincts les plus primitifs reprennent rapidement le dessus.

Sa Majesté des mouches

Face à Ralph et Piggy qui tenteront toujours de garder leur sang-froid et faire respecter un principe démocratique - et donc civilisé - au sein de la communauté, Jack (Tom Chapin), le plus âgé et physiquement le plus puissant d’entre eux, humilié de ne pas avoir été élu comme chef, va construire sa domination en ramenant à la surface cette primitivité que chacun tente bien maladroitement de tenir à distance. Exploitant la peur des plus petits de devoir faire face à un monstre ou des fantômes, il entraîne progressivement la majeure partie du groupe dans l’obscurantisme le plus ancestral où, pour calmer les assauts d’un monstre invisible, on multiplie les sacrifices et les offrandes. […]

Sa Majesté des mouches

Entouré de jeunes comédiens non-professionnels et d’une équipe technique peu expérimentée, handicapé par un budget particulièrement restreint, Peter Brook a réussi le pari de retranscrire l’atmosphère terrifiante du best-seller de William Goldwin. Là où il aurait été aisé de tomber dans une démonstration assez putassière, le réalisateur fait preuve d’une sobriété exemplaire et nous interroge avec acuité sur les fondements mêmes de nos civilisations. Ces petits Anglais, qui n’hésitent pas à rappeler que leur pays reste une nation supérieure aux autres, remettent soudainement en cause ce que toute leur civilisation s’est attachée à construire pour ne redevenir que des hommes préhistoriques pour qui le meurtre n’est même plus une affaire de morale. (Clément Graminiès, www.critikat.com)

Sa Majesté des mouches

 
mercredi 21 octobre, dansez au bal du diable avec "Carrie"
Jeudi, 15 Octobre 2009 02:04

CarriePremier film tiré d’un roman de Stephen King, Carrie fut également le premier best-seller de celui qui allait devenir l’un des maîtres de l’horreur contemporaine. Au vu du nombre des adaptations qui ont vu le jour depuis, celle-ci compte parmi les rares réussites, avec, par exemple, Simetierre ou Misery.

[…] Carrie White (Sissy Spacek) est une adolescente étudiant à la Bates High School" Eduquée de façon spartiate, anachronique et culpabilisante par une mère fanatiquement dévote, elle est extrêmement timide, maladroite et naïve… et fait office de souffre-douleur de sa classe. Découvrant avec panique ses premières règles dans les douches du gymnase, les cruelles railleries de ses camarades provoquent la première manifestation de son pouvoir de télékinésie. Son professeur de sport, Miss Collins (Betty Buckley), punit alors les élèves et tente plus ou moins de prendre carrie sous son aile... Mais c’est sans compter sur la démence de Mme White (Piper Laurie) et la méchanté de Chris Hargensen (Nancy Allen)…

Carrie

Inscrite dans une réalité que chacun peut comparer de près ou de loin avec son propre vécu, l’histoire contée tire déjà une grande puissance de l’identification du spectateur. Carrie White est le parangon de la solitude adolescente, de ses craintes, de ses souffrances et de ses déceptions… ainsi que du vœu tout-puissant de destruction auquel elle se sent parfois poussée. Bien entendu, le film n’est pas destiné à ceux et celles qui ne pourraient se reconnaître que dans les personnages incarnés par Nancy Allen, John Travolta et leur clique d’andouilles, sauf à espérer une improbable prise de conscience…

Avec son art de la mise en scène ambiguë, cruelle et ironique, Brian de Palma a trouvé dans cette chronique de l’âge ingrat un terrain de jeu idéal, et y a apporté ses propres obsessions. La séquence d’ouverture est une nouvelle variation de la scène de douche hitchcockienne [...]. La musique de Pino Donaggio, quant à elle, reprend les stridences de cordes de Bernard Hermann dans Psychose aux moments où Carrie exerce sa télékinésie.

Plusieurs fois isolée dans un coin de plan lorsqu’elle se trouve hors de chez elle (un extérieur coloré, ensoleillé ou illuminé, doté de larges espaces où sa solitude ressort d’autant plus, et qui s’oppose à la maison des White, sombre et étriquée, avec le petit cagibi où se trouve une statuette de Saint Sébastien… qui fut martyrisé pour avoir choisi la religion plutôt les fastes de son empereur), Carrie a trouvé en Sissy Spacek une interprète idéale. Son physique tout particulier se prêtait à merveille au caractère tragique et instable de la jeune fille, qui se modifie selon l’attention qu’on lui porte, la situation dans laquelle elle se trouve et la perception qu’elle a d’elle-même. Suis-je une pauvre petite fille qui va mourir (position fœtale dans la douche) ou un jeune femme qui s’épanouit (le bal scintillant et diapré) ? Suis-je un laideron ou une jolie fille (lorsque Miss Collins l’amène devant un miroir, et quand elle essaie les maquillages) ? Suis-je comme les autres ou suis-je un monstre ? Dieu (qui purifie par l’eau et le feu) ou le Diable (comme dit maman) ? Sissy Spacek incarne avec justesse et conviction ces interrogations banales à l’origine, mais dont la tournure fantastique et terrifiante restitue dramatiquement l’intensité émotionnelle.

Carrie

[...] Entre alliés peu convaincus (Sue, Tommy Ross et Miss Collins qui ne l’aident que par culpabilité) et ennemis bien décidés, Carrie obtiendra pour toute réponse une fausse ascension de son estime et une véritable ascension dans la violence, qui confirmera toutes ses craintes. La tragédie est annoncée tout au long du film, chaque moment de bonheur et d’espoir étant contrebalancé par une déconvenue qui monte par crescendo dans la violence psychologique.

Carrie [...] est un film d’horreur psychologique cruel et esthétiquement superbe, l’une des perles incontournables de l’oeuvre de Brian de Palma. (Stéphane JOLIVET - www.horreur.com)

Carrie

 

Mise à jour le Jeudi, 15 Octobre 2009 08:22
 
mercredi 11 novembre, partez en cure avec "Le Souffle au coeur"
Jeudi, 05 Novembre 2009 03:05
soufle au coeurMalle est un de ces électrons libres restés en marge de la Nouvelle Vague (à la manière de Resnais, de Pialat), sans pour autant en refuser les apports esthétiques. Il est également l'un des seuls français à avoir une réelle carrière aux Etats-Unis.

Il serait réducteur de considérer Malle comme un simple Nouvellevaguiste. Malle se sert des avancées techniques (caméra libre, prises d'image et de son simultanés) de celle-ci mais les réexploite à sa manière, au service de thèmes aussi riches et variés; ici, l'inceste. Un thème à priori anticinématographique. Le réalisateur d'Ascenseur pour l'échafaud a pris ce paramètre en compte. Il n'est naturellement pas question de représenter l'inceste de manière explicite, mais bien de le souligner, de le suggérer, en faisant naître une sorte de marivaudage entre le fils, très mature, et sa mère, plus puérile. […]

souffle au coeur

La mère est une sorte de pont entre laxisme et autorité. Elle n'arrive pas pour autant à assumer ce double rôle: là alors, surgit l'amour, dans son sens passionnel. Cet amour est possible car Laurent est en avance, dans tous les domaines. A l'école, il surpasse ses camarades, lit Sigmund Freud en 5ème...au point d'en arriver à "éduquer" un petit garçon. Quand la mère dit "le temps passe trop vite avec toi", c'est avec la voix d'une femme qui quitte précipitamment son amant pour rentrer chez elle. Il a néanmoins grandi trop vite. Formé à la dure par ses frères, la scène qui résume cette croissance psychologique fulgurante est celle de la fête: en un soir, il boit de l'alcool pour la première fois, fume le cigare et embrasse une fille. Pour grandir véritablement, s'épanouir, il faut s'affranchir de l'autorité paternelle et vivre la vie pleinement, car "la jeunesse est un âge qui passe si vite et que l'on regrette si tard", comme disait Malle. C'est ainsi que Laurent se retrouvera confronté à l'Histoire (à l'église, le curé parle de la guerre d'Indochine - le thème principal de "Masculin, féminin"), en étant le témoin de manifestations communistes: Le Souffle au coeur, bien que son auteur n'y confère aucun parti pris, témoigne d'une agitation politique post-soixantehuitarde. A nouveau, une convergence vers le cinéma de Godard des années 70, marqué par cette révolution culturelle.

souffle au coeur

Malle, en revanche, met en scène des héros rebelles, à l'image de cette réplique éloquente "la jeunesse, mon oncle, elle s'en fout", qui portent en eux l'esprit "il est interdit d'interdire". Mais sur un plan formel, il revient à des acquis datés rendant son film proche de l'académisme - uniquement sur un plan formel, bien entendu. Il reprend les thèmes et esthétiques de deux des trois films fondateurs de la Nouvelle Vague, Les 400 Coups et A bout de souffle (le troisième manifeste est Le Beau Serge). Du film de Truffaut, il tire la thématique de la relation mère-fils, qu'il réexploite, et surtout approfondit (Les 400 Coups se concentre sur la psychologie de Doinel, pas tant sur ses liens avec sa mère). Du film de Godard, il reprend l'ambiance musicale, très jazzy. Un aspect qui semble être un détail mais a une importance fondamentale: le jazz est un style musical basé sur l'improvisation, les notes lâchées au bon vouloir du musicien. Le jazz représente la liberté, l'expression libre. Dans A bout de souffle comme ici, dès que le héros quitte les lieux symboles du formaté, de l'austérité, Sidney Bechet prend le relais. S'ajoute à cela d'autre clins d'oeil fugaces, comme par exemple cette affiche de film visible dans la rue, ou les bêtises dignes de Doinel commises par les trois frères, allusions à des récurrences de l'oeuvre de Truffaut.

Malle se moque aussi gentiment de la société de son temps. Jamais acerbe, il ironise sur les clichés liés à la pédophilie des curés en confiant à Michael Lonsdale le rôle d'un vicaire particulièrement porté sur les jambes des jeunes garçonnets...Il met aussi en avant la sympathie de la mère italienne et de la nettoyeuse provinciale, et l'antipathie de la bourgeoisie parisienne; de manière légèrement manichéenne. Il instaure une composition tantôt large, tantôt serrée qui fait ressortir tour à tour la douceur ou l'âpreté des rapports humains. Il étire les plans au point de faire redouter au spectateur le surgissement d'un cut. Il donne un double sens au souffle au coeur, cette maladie survenue à Laurent, qui nécessite une cure et va donc donner du souffle à son coeur (en gros, lui permettre de se rapprocher encore plus de sa mère). […]

souffle au coeur

Malle est un cinéaste sous-estimé, que l'on a trop longtemps réduit à son documentaire réalisé avec Cousteau, "Le Monde du Silence" (Palme d'or 1955), ou plus tardivement, à "Au revoir les enfants", excellent film sur la déportation de jeunes enfants juifs pendant l'Holocauste. Je le disais, il a terminé sa carrière aux USA, ou il tournait en anglais. Le couronnement d'une carrière riche (près de vingt long-métrages) fut sa nomination au rang de Président du Jury du Festival de Cannes 1993. Malheureusement oubliés, les films du "milieu" de sa filmographie sont pour la plupart des merveilles de finesse littéraire, des démonstrations de mise en scène. Des prouesses à l'image de ce Souffle au coeur, qu'en tant que spectateur, il est impossible d'oublier. ( Cyril - cinerama)

souffle au coeur

Mise à jour le Jeudi, 05 Novembre 2009 03:23
 
mercredi 28 octobre, revisitez les sixties, avec "West Side Story"
Mercredi, 21 Octobre 2009 21:48

west side storyWest Side Story a cinquante ans ! Du moins la pièce, grand succès de Broadway, créée le 26 septembre 1957 et mise en scène par Jerome Robbins, co-réalisateur avec Robert Wise de la version cinématographique lancée dans les années 60 par les studios Goldwyn. Un demi-siècle plus tard, on ne peut que constater que le film n’a pas pris une ride, que ce soit sous l’angle pur du cinéma (les chorégraphies, étonnamment modernes, et la musique de Leonard Bernstein y sont pour beaucoup) ou des thématiques, profondément actuelles. N’en déplaise aux grincheux, toujours prompts à s’en tenir au célèbre "Mariiiia" (moins sirupeux pourtant qu’on ne voudrait le croire), West Side Story reste l’une des meilleurs comédies musicales de l’histoire d’Hollywood, et sans doute, avec My Fair Lady, le dernier grand chef-d’oeuvre d’une époque révolue.

Le générique est célébrissime. Construit comme l’ouverture d’un opéra (c’est-à-dire purement instrumental), il enchaîne des fonds aux couleurs vives pendant plusieurs minutes pour plonger ensuite sur une vue en hélicoptère de New York, d’abord globale puis progressivement resserrée sur les quartiers pauvres de l’Upper Side. Brusquement éclate un claquement de doigt, fusion d’un bruitage musical et d’un geste concret, qui lance la scène d’ouverture, où Jets et Sharks, les deux bandes rivales d’Américains "natifs" (en fait enfants d’immigrés polonais) et de Portoricains vont s’affronter dans une danse spectaculaire, au rythme haletant, pour la possession d’un territoire infime - quelques rues et un terrain de basket. Jacques Demy s’en souviendra, quelques années plus tard, pour la première scène des Demoiselles de Rochefort, elle aussi muette, entièrement dansée, et longue de près de dix minutes […] Décor et contexte sont posés : à New York, dans les années 60, Roméo et Juliette sont des enfants d’immigrés américains qui seront victimes de la haine, du racisme et du nombre de générations qui les sépare sur le sol des Etats-Unis.

Si la trame de Shakespeare est conservée dans ses si simples grandes lignes (les deux amoureux, Maria la Portoricaine et Tony l’Américain filent tout droit vers un destin tragique, leurs deux "familles" n’acceptant par leur amour), les thèmes de West Side Story sont profondément ancrés dans la société américaine moderne, à l’image d’une grande partie du cinéma de cette époque (les référents sont bien sûr les blousons noirs de Marlon Brando dans L’Equipée sauvage ou de James Dean dans La Fureur de vivre). Pauvreté, violence et prostitution font partie du quotidien de ces jeunes gens désorientés ; en être conscients leur permet d’abreuver de sarcasme cette société qui fait semblant de les comprendre pour mieux les rejeter. […] Ces "voyous" se raccrochent à la seule chose qui puissent donner un sens à leur existence : le "territoire", à la fois symbolique (celui qui est né sur la terre américaine a par la même occasion un droit de propriétaire sur elle) et réel (pour prouver sa force, une bande doit contrôler une rue, et en chasser toutes les autres bandes).[…]

west side storywest side story

Les Sharks/Portoricains, quant à eux, sont des déçus du rêve américain : fuyant le tiers-monde, croyant trouver richesse et liberté, les voici parqués dans des immeubles sinistres et tous semblables, où les rendez-vous se font sur les toits ou sur les escaliers de secours, dans le noir d’un labyrinthe géométrique et inhumain. Leurs petites amies, plus libres qu’au pays, ne sont pas d’accord ; c’est le superbe et drolatique duel "America", qui ironise sur les illusions des immigrants : " Les gratte-ciels fleurissent en Amérique, les cadillacs foncent en Amérique, l’industrie croît en Amérique, douze dans une pièce en Amérique". Résolvant leurs problèmes par la violence et la rebellion, ces jeunes n’en sont pas pour autant stigmatisés : quand leurs bagarres, commencées sous le signe du ridicule (à coups de pot de peinture ou de pierres), tournent au meurtre, ils semblent ne pas comprendre comment ils en sont arrivés là ; le responsable ne serait-il pas ailleurs ? Dans West Side Story, les adultes sont tragiquement absents de la vie des jeunes générations (on ne verra jamais aucun "parent") ; et le seul qui s’en préoccupe est un officier de police malfaisant, raciste, ne songeant qu’à arrêter les bagarres pour asseoir sa carrière...

Alors, réaliste, West Side Story ? Si, effectivement, il s’agit de la première comédie musicale qui "s’évade de l’évasion" (annonçant par là même la mort du genre, détachée de son fondement principal), le film n’est pas totalement privé d’une dimension humoristique, mais surtout onirique. La preuve, surtout, dans l’histoire d’amour Tony/Maria, qui permet à Robert Wise et à Jerome Robbins d’expérimenter dans le traitement des couleurs, en modifiant la teinte de l’écran, notamment dans la scène magique de la rencontre au dancing, où Tony et Maria dansent au premier plan, oublieux pour un temps de la réalité et des autres, qui sont floutés pour ne garder qu’un vague mouvement en accéléré de leur danse. L’amour entre la Portoricaine et l’Américain est le versant "irréaliste" de West Side Story, et sans doute la raison pour laquelle on blâme parfois la fragilité sirupeuse du film. L’interprète de Tony, très fade, y est pour beaucoup, quoique sa présence soit contrebalancée par celle de Natalie Wood, version féminine talentueuse de Marlon Brando et James Dean, qui obtint le rôle par défection d’Audrey Hepburn et réussit à faire Maria totalement sienne ; mais ce flirt avec un romantisme exacerbé est aussi la raison pour laquelle la tragédie fonctionne, d’autant que les chansons romantiques (non dansées, puisque ni Natalie Wood, ni Richard Beymer n’étaient des danseurs professionnels, à l’inverse du reste du casting) ne sont pas plus faibles que les autres.

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West Side Story doit évidemment beaucoup à Jerome Robbins, qui fut licencié en plein tournage car son perfectionnisme faisait exploser le budget du film et éreintait les danseurs. Si la pièce fut légèrement modifiée lors du voyage Broadway-Hollywood (affadissement de certains dialogues pour ne pas choquer le grand public, réagencement des numéros musicaux, notamment le "I feel pretty" de Natalie Wood), les séquences dansées n’ont pas perdu de leur perfection et de leur énergie communicative. L’inspiration de Robbins alla jusqu’à chorégraphier la bagarre centrale comme pour mieux en souligner l’ineptie. Pour donner à leur rivalité on screen plus de force, les comédiens reçurent l’instruction de les exacerber off screen : et c’est ainsi que le numéro d’anthologie "Cool" semble dépasser la simple danse de comédie musicale, pour devenir une transe dans laquelle personnages et interprètes se confondent, la fatigue et la tension étant rendues palpables.

West Side Story obtint 10 Oscars à la cérémonie d’autogratulation du cinéma américain, en 1962. Cette année-là, c’est évident, les récompenses étaient méritées. (Ophélie Wiel, www.critikat.com)

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Mise à jour le Jeudi, 22 Octobre 2009 00:12
 
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