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| Hiroshima mon amour |
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| Mardi, 08 Novembre 2005 12:00 | |||
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Nous nous étions dit que nous pouvions tenter une expérience avec un film où les personnages ne participeraient pas directement à l'action tragique, mais soit s'en souviendraient, soit l'éprouveraient pratiquement. Nous voulions créer en quelque sorte des anti-héros, le mot n'est pas tout à fait exact, mais il exprime bien ce à quoi nous pensions. Ainsi le Japonais n'a pas vécu la catastrophe d'Hiroshima, mais il en a une connaissance intellectuelle, il en a conscience, de même que tous les spectateurs du film - et nous tous - pouvons de l'intérieur ressentir ce drame, l'éprouver collectivement, même sans jamais avoir mis les pieds à Hiroshima. Alain Resnais dans Cinéma 59 N° 38 Avant de tourner son film, Resnais a voulu tout connaître, et de l'histoire qu'il allait raconter, et de l'histoire qu'il ne raconterait pas, celles des personnages auxquels nous nous intéressions. Il a voulu tout savoir de ceux-ci : leur jeunesse, leur existence avant le film, et aussi, dans une certaine mesure, leur avenir après le film. J'ai donc fait des biographies de nos personnages. Et Resnais, à partir de ces biographies, les a abordés par l'image tout comme s'il relayait, par cette image, un film déjà existant de la vie antérieure des personnages. Une fois cela fait, Resnais a exigé que soit clairement établi le pourquoi de l'intérêt que nous leur portions. D'habitude, les cinéastes se demandent si l'histoire qu'ils vont raconter est susceptible d'intéresser le public. Et Resnais, lui, s'est demandé si l'histoire qu'il allait raconter l'intéressait, lui, Resnais. On se voyait chaque jour, et chaque jour Resnais me disait où il en était, si le développement de l'histoire lui convenait ou s'il ne lui convenait pas. Jamais une seule fois je ne l'ai entendu parler de ce qui devait ou non plaire au public futur de son film. Resnais sait extraordinairement bien ce qu'il veut faire, comment et pourquoi il le veut. Avant de le connaître et de travailler avec lui, je ne pouvais pas imaginer que l'on puisse, en étant cinéaste, être aussi " seul ". Resnais travaille comme un romancier. Marguerite Duras dans Image et Son N° 128 Deux corps de sable, le lit des amants, et puis le monde, chacun le leur. D'un côté le documentaire, le musée d'Hiroshima, les cheveux des femmes qu'on arrache par poignées, les monstres qu'a créés la bombe, des images et des faits, qui ne sont déjà plus que des traces, déjà insaisissables ("Tu n'as rien vu…"); de l'autre, un drame intime noyé dans le lâche soulagement de la Libération, un premier amour interdit, deux enfants dans la guerre, les cheveux d'une femme que tond une foule enfin fière d'elle-même, un épisode qu'on voudrait oublier, encore consigné nulle part, un embryon de fiction que magnifie un grand écrivain, loin de sa caricature à venir mais déjà maître de ses procédés. L'Histoire et les individus, l'Histoire dans les individus, ou l'inverse, qu'importe, comment vivre ce temps ? Le documentaire et la fiction, la fiction du documentaire, ou l'inverse, qu'importe. Voilà pour le film favori des ciné-clubs et des manuels, à jamais accompagné de sa date, si peu Nouvelle Vague et pourtant son contemporain exact. Et ce film-là reste admirable, malgré sa masse de commentaires, parce que " rien n'aurait été possible sans lui " (citation, encore), certes, mais pas seulement. La Française qui croit voir Hiroshima et le Japonais qui croît être le premier à entendre Nevers sont des personnages saturés d'Histoire, on l'a vu, donc de sens. Et pourtant ils flottent. Comme si Resnais les avaient lestés pour mieux les libérer, comme si la démonstration venait nier son propre théorème, comme si la mémoire s'affranchissait enfin de l'Histoire pour devenir une zone franche. Avec Hiroshima mon amour, les continents (Hiroshima et Nevers) se sont mis à dériver l'un vers l'autre. Pour la première fois. Frédéric Bonnaud dans le supplément au N° 126 des Inrockuptibles, 1997
J'admire le monde romanesque de Marguerite Duras - j'ai même pensé tourner pour moi en 16mm, un film d'après Moderato Cantabile, - comme j'admire par exemple celui d'Aragon ou de Queneau. J'ai rencontré la romancière, je lui ai dit : " Il serait curieux d'engluer une histoire d'amour dans un contexte qui tienne compte de la connaissance du malheur des autres et de construire deux personnages pour qui le souvenir est toujours présent dans l'action. " A ma surprise, elle s'est intéressée à ce sujet et elle a écrit un scénario auquel nous avons travaillé ensemble. J'ai essayé de trouver l'équivalent d'une lecture au cinéma et de laisser l'imagination du spectateur aussi libre que s'il était en train de lire un livre. D'où le ton de récitation, le long monologue : j'ai cherché surtout à recréer l'univers romanesque de Marguerite Duras. Elle est aussi bien l'auteur d'Hiroshima mon amour que moi. Dans le cas de ce film, la réalisation me paraît moins importante que l'écriture et que l'apport des comédiens. La mise en scène doit se borner à soutenir le sujet et le jeu des acteurs. Le film entier est fondé sur la contradiction. Contradiction de l'oubli indispensable et terrifiant, d'un destin aussi singulier sur un fond aussi collectif, de la guerre qui sépare et réunit, des personnages qui, sur un ton de récitation lyrique, composent leurs gestes mais essaient de conserver la vérité du cœur, et qui peuvent apparaître, selon les phrases et les heures, authentiques ou mythiques. Alain Resnais dans Le Monde, 9 mai 1959
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| Mise à jour le Mercredi, 04 Juillet 2007 04:37 |






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