| Le jeu du CCC, c'est reparti ! pour gagnez votre place, cliquez ici ! |
| mercredi 11 novembre, partez en cure avec "Le Souffle au coeur" |
|
|
|
| Jeudi, 05 Novembre 2009 03:05 | |||
Malle est un de ces électrons libres restés en marge de la Nouvelle Vague (à la manière de Resnais, de Pialat), sans pour autant en refuser les apports esthétiques. Il est également l'un des seuls français à avoir une réelle carrière aux Etats-Unis. Il serait réducteur de considérer Malle comme un simple Nouvellevaguiste. Malle se sert des avancées techniques (caméra libre, prises d'image et de son simultanés) de celle-ci mais les réexploite à sa manière, au service de thèmes aussi riches et variés; ici, l'inceste. Un thème à priori anticinématographique. Le réalisateur d'Ascenseur pour l'échafaud a pris ce paramètre en compte. Il n'est naturellement pas question de représenter l'inceste de manière explicite, mais bien de le souligner, de le suggérer, en faisant naître une sorte de marivaudage entre le fils, très mature, et sa mère, plus puérile. […]
La mère est une sorte de pont entre laxisme et autorité. Elle n'arrive pas pour autant à assumer ce double rôle: là alors, surgit l'amour, dans son sens passionnel. Cet amour est possible car Laurent est en avance, dans tous les domaines. A l'école, il surpasse ses camarades, lit Sigmund Freud en 5ème...au point d'en arriver à "éduquer" un petit garçon. Quand la mère dit "le temps passe trop vite avec toi", c'est avec la voix d'une femme qui quitte précipitamment son amant pour rentrer chez elle. Il a néanmoins grandi trop vite. Formé à la dure par ses frères, la scène qui résume cette croissance psychologique fulgurante est celle de la fête: en un soir, il boit de l'alcool pour la première fois, fume le cigare et embrasse une fille. Pour grandir véritablement, s'épanouir, il faut s'affranchir de l'autorité paternelle et vivre la vie pleinement, car "la jeunesse est un âge qui passe si vite et que l'on regrette si tard", comme disait Malle. C'est ainsi que Laurent se retrouvera confronté à l'Histoire (à l'église, le curé parle de la guerre d'Indochine - le thème principal de "Masculin, féminin"), en étant le témoin de manifestations communistes: Le Souffle au coeur, bien que son auteur n'y confère aucun parti pris, témoigne d'une agitation politique post-soixantehuitarde. A nouveau, une convergence vers le cinéma de Godard des années 70, marqué par cette révolution culturelle.
Malle, en revanche, met en scène des héros rebelles, à l'image de cette réplique éloquente "la jeunesse, mon oncle, elle s'en fout", qui portent en eux l'esprit "il est interdit d'interdire". Mais sur un plan formel, il revient à des acquis datés rendant son film proche de l'académisme - uniquement sur un plan formel, bien entendu. Il reprend les thèmes et esthétiques de deux des trois films fondateurs de la Nouvelle Vague, Les 400 Coups et A bout de souffle (le troisième manifeste est Le Beau Serge). Du film de Truffaut, il tire la thématique de la relation mère-fils, qu'il réexploite, et surtout approfondit (Les 400 Coups se concentre sur la psychologie de Doinel, pas tant sur ses liens avec sa mère). Du film de Godard, il reprend l'ambiance musicale, très jazzy. Un aspect qui semble être un détail mais a une importance fondamentale: le jazz est un style musical basé sur l'improvisation, les notes lâchées au bon vouloir du musicien. Le jazz représente la liberté, l'expression libre. Dans A bout de souffle comme ici, dès que le héros quitte les lieux symboles du formaté, de l'austérité, Sidney Bechet prend le relais. S'ajoute à cela d'autre clins d'oeil fugaces, comme par exemple cette affiche de film visible dans la rue, ou les bêtises dignes de Doinel commises par les trois frères, allusions à des récurrences de l'oeuvre de Truffaut.
Malle se moque aussi gentiment de la société de son temps. Jamais acerbe, il ironise sur les clichés liés à la pédophilie des curés en confiant à Michael Lonsdale le rôle d'un vicaire particulièrement porté sur les jambes des jeunes garçonnets...Il met aussi en avant la sympathie de la mère italienne et de la nettoyeuse provinciale, et l'antipathie de la bourgeoisie parisienne; de manière légèrement manichéenne. Il instaure une composition tantôt large, tantôt serrée qui fait ressortir tour à tour la douceur ou l'âpreté des rapports humains. Il étire les plans au point de faire redouter au spectateur le surgissement d'un cut. Il donne un double sens au souffle au coeur, cette maladie survenue à Laurent, qui nécessite une cure et va donc donner du souffle à son coeur (en gros, lui permettre de se rapprocher encore plus de sa mère). […]
Malle est un cinéaste sous-estimé, que l'on a trop longtemps réduit à son documentaire réalisé avec Cousteau, "Le Monde du Silence" (Palme d'or 1955), ou plus tardivement, à "Au revoir les enfants", excellent film sur la déportation de jeunes enfants juifs pendant l'Holocauste. Je le disais, il a terminé sa carrière aux USA, ou il tournait en anglais. Le couronnement d'une carrière riche (près de vingt long-métrages) fut sa nomination au rang de Président du Jury du Festival de Cannes 1993. Malheureusement oubliés, les films du "milieu" de sa filmographie sont pour la plupart des merveilles de finesse littéraire, des démonstrations de mise en scène. Des prouesses à l'image de ce Souffle au coeur, qu'en tant que spectateur, il est impossible d'oublier. ( Cyril - cinerama)
|
|||
| Mise à jour le Jeudi, 05 Novembre 2009 03:23 |






![]() | Aujourd'hui | 24 |
![]() | Hier | 183 |
![]() | Cette semaine | 460 |
![]() | Ce mois | 1130 |
![]() | Total | 37365 |
This page uses the IP-to-Country Database provided by WebHosting.Info (http://www.webhosting.info), available from http://ip-to-country.webhosting.info